La ladiy*fest à Bordeaux

Note d’Alex: Cet été, des invité·es trans publient leurs expériences sur Un genre à soi. C’est l’occasion d’aller se promener un peu dans toute la France et de découvrir des nouveaux profils. Pour me proposer un article (rémunéré), n’hésitez pas à me contacter !

Deuxième note : merci à la Librairie du Muguet qui nous a permis de réutiliser son image de couverture Facebook, en l’absence de photos libres de droit du lieu et de photos personnelles du ladyi*fest !

le (non?)lieu enfin plutôt l’événement, quoi: ladiy*fest, première édition à bordeaux. à l’athénée libertaire/librairie du muguet

le genre: un festival intégralement en non-mixité choisie sans mec cis, ça te dit?

l’athénée libertaire, je connais déjà, la librairie du muguet, je connais aussi, en tant qu’anar locale habitant à bordeaux depuis trois ans et demi (déjà!) mais j’étais un peu appréhensive à l’idée d’un festival en non-mixité choisie sans mec cis, déjà en tant que nana gouine butch handie et enby du genre poilue, qui plus est organisé par une asso anarcha-féministe répondant au doux nom d’«ovaires et contre tout» (oui, hein? bioessentialist much?) appréhensive et surtout dubitative car je suis du genre meuf trans qui passe pas, malgré neuf ans d’hormones. je regarde le programme: tiens, un café littéraire et, surtout, des potes qui jouent! le festival est en autogestion sur trois jours, c’est punk à souhait, féministe et anarchiste, dans la lignée des Riot Grrrls, bref tout pour me plaire! je regarde d’un peu plus près: des ateliers en non-mixité racisée (étant blanche moi-même, je me dis «cool pour les personnes concernées!») de l’auto-défense, un atelier d’écriture de poésie avec une scène ouverte après, une boum, une discussion sur le lesbianisme, un arpentage, un atelier chorale… mis à part la soirée concerts, le deuxième jour me tente bien même si ça risque d’être serré niveau planning car j’ai prévu ce matin-là d’aller voir si je me laisse tenter par un flash tat de la pride à un salon de tatouage (qui fait aussi salon de thé et qui est bien queer choupi) que je connais déjà. quant au troisième jour, pareil, mais là je sais que je pourrais pas vraiment y aller car j’ai un autre truc à faire et faut que je me repose, car les deux jours auxquels je prévois d’aller ou de passer seront parmi les plus chauds de l’été selon la météo, avec des températures prévues aux alentours de 41 et 42 degrés respectivement… je verrai en fonction de mon état!

m’enfin, je reste dubitative pour l’entrée mais je me dis qu’au pire je peux appeler les potes qui seront sur place et qui vont jouer le premier soir du festival. donc ouais, je fais la queue, une nana mimi devant, on me demande rien, à part payer mon entrée pour les concerts (bien sûr) et remplir le machin pour l’adhésion de cette année. bref, rien, pas de regards interloqués ou quoique ce soit. je suis ravie! je navigue un peu à droite à gauche, je repère les potes, je passe au bar, je prends une tite bière en bouteille (à l’étiquette bien cool mais impossible de me souvenir du nom par la suite) un verre de la sororité nous est offert avant le début de la soirée concerts.

la soirée concerts commence doucement: une gouine au clavier qui chante seule. ça s’embrasse, s’enlace et ça danse déjà, je me place plutôt sur le devant mais sur le bord de la cave pour pas gêner à cause de ma taille (moyenne pour une meuf trans, ceci dit). je suis joyeuse de voir des goudous qui se sentent libres de s’embrasser, des potes danser et profite de l’ambiance. petite pause de 15/20 min à la fin du concert.

je limite ma consommation d’alcool à deux, trois verres/tites bouteilles sur la soirée, au cas où je me fais tatouer le lendemain, chose très facile pour moi. mais je bois pas mal d’eau à cause de la chaleur <_<

deuxième concert: de la bonne noise. je choisis de me placer pareil. et encore une fois, je suis joie et profite de l’ambiance. je crois qu’un tit mosh pit a même commencé à se former lors de ce concert mais je sais plus trop, je danse souvent un peu dans mon monde, fermant pas mal les yeux pour être concentrée sur la musique.

troisième concert: c’est les potes, je me permets de me mettre juste au second rang, de l’autre côté du bord. Je profite à fond, un mosh pit se (re)forme, je suis juste à côté, je me mets au bord car j’ai un verre à la main et j’ai des soucis d’équilibre du fait de mon handicap. Des nanas goths toute mimis notamment sont du lot, je les regarde sauter et se balancer au gré du mosh pit, un grand sourire à mes lèvres.

bref, une belle et bonne soirée.

après le deuxième ou troisième concert, je me dis que ça serait cool de participer au café littéraire, je demande à une femme plutôt âgée que je sais faire partie de l’orga si il reste des places, elle me dit oui mais le mieux reste quand même de s’inscrire en ligne, chose que je ferai un peu à l’arrache en rentrant chez moi, surtout après avoir vu que les horaires d’ouverture du salon de tat ont été adaptés pour éviter le plus gros de la chaleur, avec fermeture juste avant l’horaire de début du café lit’. cool, j’aurai le temps, même si je passe pas la première!

je me douche, me couche tôt et me réveille tôt (genre, vraiment tôt pour moi… je suis plutôt papillon de nuit, avec des levers vers midi de base) on me confirme qu’une place est dispo et m’est réservée pour le café littéraire, avec un tit commentaire sympa comme quoi le livre que j’ai choisi de présenter promet et je passe au salon de tat, pour voir. un type de flashs me tape vraiment dans l’œil: des tites fioles personnalisables déjà repérées la veille dans les storys de l’event. je fais part de mon hésitation entre deux fioles à la nana en charge du salon qui me répond que l’artiste est dispo. on fait le choix en fonction du nombre de couleurs du drapeau que j’ai choisi, à savoir lesbien. je suis la première à passer, ce qui est une bonne nouvelle pour moi car ça me laissera le temps de me poser un peu avant le café littéraire de l’aprem.

je passe un peu plus tôt que prévu dans l’aprem pour voir vite fait les expos, ateliers et autres trucs du festival mais surtout continuer ma lecture du bouquin que je vais présenter au caf lit’. je lis un peu, l’atelier chorale en arrière plan.

j’apprends que le café littéraire aura lieu dans la librairie même, qui est assez petite mais au final, c’est très bien. on passe tour à tour, après les présentations persos. encore une fois, personne ne remet en question ma présence. je présente «how to suppress women’s writing» de joanna russ, écrivaine de sf américaine et lesbienne. je fais part de mon envie de potentiellement trad le bouquin car non édité en français à ce jour, on m’encourage et une des participantes, qui est aussi une des bénévoles à la libraire d’après mes souvenirs, me dit qu’elle le lirait avec plaisir en français.

je reste ensuite pour la fin d’aprem: présentation de l’histoire des ladyi*fest, un petit concert et surtout la scène ouverte pour laquelle j’avais emporté sur moi au pif quelques unes de mes trads des poèmes d’ursula k. le guin. après quoi, j’aide une pote exposante à ranger sa table, puis je reste pour le repas. j’espérais rester pour la boum mais il y a un orage assez violent qui se profile à l’horizon et je décide au final de rentrer chez moi avant un éventuel problème de tram t_t (et effectivement: retard de tram dû à l’orage)

enfin bref: malgré le jeu de mots quelque peu cissexiste de l’asso derrière le festival, j’ai passé un très bon moment, sans remise en question de ma présence ni regard insistant, contrairement à mon appréhension du début. (et d’ailleurs je crois bien qu’à part un pote trans, j’ai pas croisé d’autres personnes trans, encore moins meufs trans, mais ça, je peux pas en être sûre) je reviendrai avec plaisir si une prochaine édition a lieu, en filant peut être au passage un coup de main à l’orga cette fois et pourquoi pas, si l’occaz’ se présente, proposer un atelier ou café littéraire autour d’un thème ou d’un autre qui me tient à cœur.

milou

enbian butch trans et handie anar qui s'en fout de passer. (pas les spoons pour) ouaieltch traduit et écrit des trucs de temps à autre. ouaielle vit entre bordeaux et la campagne.

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