Le Elles Bar

Le lieu : Le Elles Bar, Paris.
Le genre : ce soir, on me sert du Madame et j’en reprends, mais sans alcool s’il vous plaît.

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C’est bon ! J’ai survécu au Covid, je me suis bien reposé après ça, et je fête la reprise de ma vie sociale avec une amie, trans elle aussi, un soir où on décide de trouver un endroit queer où on n’a encore jamais mis les pieds. C’est très facile, on est en début de transition, on n’a encore mis les pieds nulle part.

Rendez-vous donc au Centre Pompidou. Là, j’y ai mis les pieds plein de fois et j’espère y retourner encore souvent, j’adore leurs collections ; mais ce n’est pas l’objectif de cette soirée-là. (L’objectif principal, c’est de ouin-ouin sur mon ex ; pour ça, il faut qu’on trouve un endroit queer où on n’a jamais mis les pieds, souvenez-vous. (Comme ça si je pleure trop je n’y reviendrai pas et ça sera pas très grave.))

La Mutinerie et le Bar’Ouf sont pleins à craquer, et puis on n’a pas forcément envie d’aller là ce soir. Je veux y aller un jour, mais pas tout de suite, en tout cas, et elle n’est pas trop d’humeur non plus à attendre ou à boire debout. Alors on continue à marcher à la recherche d’un café sympa annoncé sur Google Maps. On arrive devant, il n’existe pas. Plus ? En tout cas, c’est clairement un autre bar qui s’y dresse aujourd’hui. Qu’à cela ne tienne, nous ne laisserons pas le mal de pieds nous arrêter : on continue à déambuler dans le Marais en râlant sur nos familles.

Et puis à un moment, je hausse le sourcil. Mais que vois-je, là, à l’horizon ? Serait-ce….. du rouge à lèvres ? Et oui, en s’approchant, on confirme : une enseigne qui représente un baiser, avec deux silhouettes féminines. Le nom est simple et direct : Elles Bar.

Alors on s’approche et on se retrouve face au plus petit bar que j’ai vu de ma vie, absolument adorable, un comptoir avec une demi-douzaine de places, deux tables de deux au fond avec un baby-foot et deux tables en terrasse. Une butch nous dévisage deux petites secondes, nous accueille d’un « salut les filles » et nous demande ce qu’on veut.

Le bar : des bouteilles, des stickers, et le livre « Je suis lesbienne, et alors ? » exposé et disponible à la vente.

Alors voilà, moi, en temps normal, « salut les filles », ça ne m’enchante pas. Mais quand je suis dans un lieu lesbien, que je suis entouré de femmes qui n’attendent pas de moi que je sois une fem, ça ne me dérange en fait pas non plus. C’est ce que je découvre alors que je m’installe, grand sourire aux lèvres, me disant que j’ai une place ici, que le genre c’est pas trop mon truc mais que clairement, je suis butch, et si aujourd’hui je suis une fille, mais que je suis une fille qu’on pourrait appeler monsieur, alors ça me va très bien aussi. Surtout que je suis avec une fille, une vraie, celle-là, et que ça me fait plaisir de la voir genrée correctement !

Je regarde autour de moi : de l’alcool, beaucoup d’alcool, des brochures, beaucoup de brochures, plein de stickers contre la transphobie et la lesbophobie. Allez, cet endroit me plaît. Je demande s’il y a un truc à boire sans alcool, on se met d’accord sur un jus de goyave, je me dis que quand même, je commande un jus de goyave dans un bar, peut-être que je mérite qu’on me taxe d’un salut les filles, finalement.

Un mur du bar où on voit, de gauche à droite : une peinture d’une femme nue, un flacon de gel hydro-alcoolique, une peinture d’une lèvre mordue sur fond de mur de briques, et la carte des événements à venir du bar.

Ensuite, je me souviens que la masculinité toxique, c’est mal, et je sirote un virgin mojito en chouinant sur mon ex tandis que la tenancière nous remplit un bol de chips en disant qu’au moins on va apprendre de nos erreurs. Ensuite, elle disparaît. Et puis elle revient pour une partie de baby-foot endiablée avec quelques clientes. On ne reverra personne derrière le comptoir ce jour-là, et mon amie et moi filons finalement à l’anglaise en laissant quelques billets sous sa pinte vide.

L’espace d’une ou deux heures, dans ce tout petit lieu, je me suis senti pleinement à ma place, discutant tranquillement, me disant que j’emmènerais bien d’autres personnes ici, tiens. J’ai eu le sentiment que tout le monde connaissait tout le monde, et que j’aurais bien aimé, moi aussi, connaître tout le monde ici. Je suis reparti avec un sac plein de flyers et un cœur plein d’enthousiasme. Et l’estomac vide, mais pour la ripaille qui a suivi, je n’ai pas grand-chose à vous raconter.

Un bonus, quand même : sur le chemin pour retrouver mon amie, je suis tombé sur ce tag devant les bureaux de l’AFP. C’était un bon présage.

Un tag « solidarité avec les trans du monde » sur un muret.

N’oubliez pas que je n’ai aucun autre indicateur de votre lecture que vos commentaires : je ne garde aucune de vos statistiques et informations de visite. En d’autres mots, soyez cool, dites bonjour !

Alex

Alex a 28 ans et se reconnaît dans les termes trans, butch, et transmasc. Il préfère le pronom "il" en français.

3 réflexions sur “Le Elles Bar

  • 12 juin 2022 à 17h03
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    Cela semble tout petit, mais je passe l’info à mes copines… Il a eu un article (sur Komitid ou ailleurs + appel de fonds) lorsque le groupe de filles préparait le projet. C’est bien qu’elles aient pu le finaliser.

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